Compte rendu de la journée CATEL consacrée aux dossiers médicaux

Le groupe de réflexion du Catel s’est réuni fin septembre pour faire le point sur la problématique des différents dossiers médicaux : DMP, dossiers d’établissements, réseaux de santé, etc. Comme l’a souligné au cours de cette journée Dominique DEPINOY, Directeur Médical Référent DMP du GIE Santéos, il est nécessaire de clarifier les choses : “Il faut bien différencier les dossiers de production (dossiers métiers d’un établissement ou d’un cabinet médical), des dossiers de coopération régionaux ou nationaux (réseaux de santé, messagerie sécurisée) qui répondent à une démarche qualité et enfin le futur DMP qui est complémentaire des dossiers existants.”

Dossier Personnel

Bernard EBERLE du GIP-DMP nous rappelle que “le DMP n’a pas vocation à se substituer aux dossiers métiers des professionnels de santé”. La dynamique lancée avec le DMP a néanmoins un effet structurant : d’une part en favorisant la convergence des systèmes d’information et d’autre part en replaçant le patient au cœur des dispositifs en place. Mais le Dossier Médical Personnel n’a pas une vocation d’exhaustivité. Comme son nom l’indique, il est personnel, il appartient à ce titre au patient.

Les professionnels se posent néanmoins de nombreuses questions, comme en témoignent les résultats d’une étude menées en 2005 par l’URML Picardie. Selon Bruno CATALAN, son secrétaire général, “Les médecins sont pour à plus de 80%, mais sous certaines conditions : l’accès doit pouvoir se faire en dehors de la présence du patient, la double saisie doit être exclue et enfin il doit être rémunéré. Le fait que le patient puisse masquer certaines informations pose aussi problème, notamment dans le cadre de la prévention. En un mot, le DMP ne doit pas faire peur aux patients.”

Du point de vue de l’assurance maladie, “l’enjeu est d’améliorer le parcours de soin et de diminuer les actes redondants”, comme l’a rappellé Anne-Isabelle PUTEAUX, chargée de Mission Organisation des Soins de l’URCAM.

Dossier Professionnel

Au Centre Hospitalier d’Abbeville, le dossier d’établissement est issu d’une réflexion commencé dès 2000 autour d’un objectif : re-centraliser les données médicales, paramédicales, administratives et financières autour du patient et homogénéiser la prise de rendez-vous. Pour Didier BOULNOIS, le DSI, “Avant que le DMP n’arrive sur le devant de la scène, nous avions déjà besoin d’ouvrir notre système d’information vers l’extérieur (libéraux, réseaux de santé) et de supprimer la redondance d’information : les données ne doivent être saisies qu’une fois et poussées vers le dossier patient, la facturation, etc.” Et comme l’a démontré Patrick PENVEN, DSI à EPSN de l’Aisne, il n’est pas seulement question de stocker de l’information (analyses de laboratoires, données PMSI, prescriptions de médicaments, etc.), l’enjeu est de mettre en place autour de ce dossier unique un outil de travail (dossier de soins, collaboration, tableau de bord…). “C’est un outil de communication interne et externe. Nous sommes actuellement dans une phase de test de notre dossier médical en psychiatrie, le déploiement est prévu à la fin de l’année.”

Au Centre Hospitalier de Creil, une autre forme d’ouverture a été mise en place en permettant aux professionnels de santé (médecins, cadres soignants) de se connecter à leur bureau de l’extérieur. Il n’est pas ici question d’interopérabilité, l’application tourne sur les serveurs au sein de l’établissement, mais il est possible de s’y connecter avec un simple navigateur internet (authentification par CPS ou codes d’accès) pour consulter, par exemple, son planning de chez soi (45 utilisateurs se connectent quotidiennement).

Dossier Partagé

La problématique de la collaboration autour de pathologies complexes donne tout son sens au déploiement de dossiers partagés. Le Dossier Communicant de Cancérologie (DCC) mis en œuvre dès 2003  (mesure 3 du Plan Cancer) est donc antérieur au lancement du projet du DMP (loi 13 août 2004). Hélène Faure de l’Institut National du Cancer les compare à “des faux jumeaux. Nous avons dû passer beaucoup de temps à expliquer que le DMP et le DCC sont différents et complémentaires. Pour le DMP, c’est le patient qui ouvre son dossier et il peut masquer des données ; pour le DCC, c’est le réseau qui ouvre un dossier avec l’accord du patient et rien n’est masqué. Aujourd’hui, l’objectif est de se concentrer autour de la RCP (Compte Rendu de la Réunion de Concertation Puri-disciplinaire). Nous l’avons modélisé (contenu minimum partageable, items obligatoires, etc) et testé dans quatre régions pilotes (Aquitaine, Basse Normandie, Ile de la Réunion, Pays de la Loire) entre 2004 et 2005. Les données sont structurées autour de la RCP et le Programme Personnalisé de Soin (PPC) pourra être versé dans le DMP avec l’accord du patient.”

Le recours au Dossier Partagé est très sécurisant. Les patients en sont très satisfaits, comme le soulignent les résultats de l’enquête menée par le réseau diabète Picardie : “2/3 d’entre eux ont le sentiment d’être mieux soignés grâce à l’utilisation d’un DPP (dossier patient partagé), ils peuvent savoir qui a consulté leur dossier et suivre les habilitations de celui-ci pour donner ou retirer l’accès à un professionnel.” Christine BOUTET, coordinatrice du réseau en Picardie, tire néanmoins un bilan mitigé de cette expérience : “Si 450 professionnels ont été formés depuis 2004, seulement 20% l’utilisent à cause de la double saisie entre  le logiciel du cabinet et le portail.”

Entre la mise en place d’un dossier partagé et le recours au fax et au téléphone, l’usage d’une messagerie sécurisée peut s’avérer être un juste milieu pour commencer à échanger des informations médicales. Pour Yves JOUCHOUX, Coordinateur médical du GIP Télémédecine de Picardie , c’est même un prélude indispensable au DMP. “Nous avons fait le choix du webmail (pas d’installation de logiciel ni de maintenance) et nous avons exigé une compatibilité CPS. L’ouverture d’un  compte est gratuite pour l’utilisateur (www.picardmed.com). Il peut s’identifier avec sa carte CPS et échanger en mode crypté (authentification, signature, cryptage des messages et des pièces jointes au niveau du serveur). Nous l’avons déployé en février 2006 et, aujourd’hui, il existe 150 boite actives (+ 20% chaque mois) et  plus de 1 000 mails ont déjà été échangés.”